Socios : enracinons nos clubs sportifs !

Alors que les clubs font face à des défis financiers croissants, tandis que des investissements extravagants sont réalisé par l’Arabie saoudite, le modèle « socios » apparaît comme un rempart.

Socios : enracinons nos clubs sportifs !

La vision du général de Gaulle, consistant à impliquer les travailleurs au capital social des entreprises, trouve une résonance contemporaine dans notre ambition de promouvoir ce modèle "supporter-actionnaire" dans le football français. De la même manière que de Gaulle cherchait à renforcer les liens entre les travailleurs et les entreprises, le modèle socios vise à préserver l'identité des clubs de football et leur connexion profonde avec le peuple. À travers ces deux perspectives, l'objectif est de créer des structures plus inclusives et participatives, en alignant les intérêts de tous les acteurs pour un avenir durable et fidèle aux valeurs fondamentales.

Alors que le panorama du football devient de plus en plus uniformisé, engloutissant les traits distinctifs qui ont façonné l'identité des clubs au fil de leur histoire, les socios se présentent comme le dernier bastion préservant cette essence originelle.

Les effets de la mondialisation sur le football


La mondialisation, bien qu’apportant des avantages économiques, a également engendré des effets délétères sur le football professionnel, ébranlant l'identité des clubs et altérant la compétitivité. Alors que le sport roi connaît une expansion globale, les conséquences de cette mondialisation posent des défis profonds qui touchent les racines mêmes du jeu.
L'identité des clubs, autrefois ancrée dans les tissus culturels et sociaux de leurs régions, est mise à l'épreuve par l'influence grandissante de l'argent étranger. Les investisseurs internationaux, attirés par le potentiel lucratif du football, peuvent dénaturer l'essence des clubs en cherchant à maximiser les profits plutôt qu'à préserver les valeurs locales. Les traditions, les couleurs et le patrimoine peuvent être négligés au profit d'une image mondialisée conçue pour attirer un public plus large.
La compétitivité elle-même est menacée par l'écart grandissant entre les clubs riches et les moins fortunés. Les ressources financières massives dont disposent certaines équipes grâce à des investisseurs extérieurs, des droits de diffusion astronomiques et des partenariats commerciaux mondiaux créent un déséquilibre majeur. Les clubs plus modestes luttent pour maintenir une compétitivité durable, en mettant en péril l'équité sportive et en limitant la possibilité d'une compétition ouverte et stimulante.
La pression pour réussir à tout prix a également conduit à la perte de la patience à long terme. Les clubs sont confrontés à des attentes immédiates de résultats, ce qui peut compromettre le développement de jeunes talents locaux au profit d'achats onéreux de joueurs étrangers. La fidélité des supporters, qui était autrefois forgée par des liens profonds avec la communauté, peut s'éroder en raison d'une rotation fréquente des effectifs et d'une focalisation excessive sur les performances à court terme.
La mondialisation a également contribué à l'émergence d'une culture de la célébrité et de l'individualisme, éclipsant parfois l'esprit collectif qui faisait la magie du football. Les joueurs, souvent vénérés comme des icônes mondiales, peuvent perdre le lien avec leurs origines et la connexion avec leurs supporters. L'identité nationale est parfois éclipsée par des contrats publicitaires internationaux et des horaires chargés de compétitions mondiales.

Il est crucial pour les instances dirigeantes, les clubs, les joueurs et les supporters de naviguer dans ce paysage en constante évolution tout en préservant les valeurs fondamentales du jeu et en garantissant que le football reste une passion authentique ancrée dans les cœurs des communautés locales.


La participation au capital par les supporters


Les clubs de football avec des socios sont généralement des clubs qui ont adopté un modèle de propriété et de gestion démocratique, dans lequel les supporters et les membres du club (appelés socios en Espagne et en Amérique latine, ou membres en d'autres régions) ont un rôle actif dans les décisions importantes du club.

Voici comment cela fonctionne :
Adhésion des socios : Les supporters peuvent devenir des socios en achetant une adhésion annuelle ou pluriannuelle auprès du club. En tant que socio, ils obtiennent certains droits et avantages, tels que le droit de voter lors des élections internes du club, de participer aux assemblées générales et d'influencer les décisions du club.
Démocratie et participation : Les clubs de football avec des socios organisent généralement des élections régulières pour choisir les dirigeants du club, y compris le président et les membres du conseil d'administration. Tous les socios ont le droit de voter pour élire ces dirigeants, ce qui permet une prise de décision démocratique au sein du club.
Transparence : Les clubs de football avec des socios sont souvent tenus de fournir des informations financières et opérationnelles transparentes à leurs membres. Cela permet aux socios de suivre les activités du club et de s'assurer que les finances et les actions du club sont gérées de manière responsable.
Influence sur les décisions : Les socios ont généralement un rôle dans les décisions importantes concernant le club, telles que les décisions relatives aux transferts de joueurs, aux contrats d'entraîneurs, aux stratégies sportives et aux projets d'infrastructure. Les assemblées générales et les consultations permettent aux socios de donner leur avis sur ces questions et d'influencer la direction
du club.
Engagement financier : Les cotisations des socios jouent souvent un rôle crucial dans le financement du club. Les revenus provenant des adhésions, des ventes de billets et des produits dérivés aident à financer les opérations du club et les investissements dans l'équipe, les installations et le développement de la jeunesse.
Lien émotionnel : Les clubs de football avec des socios créent souvent un lien émotionnel plus fort entre les supporters et le club. Les socios se sentent souvent davantage impliqués et investis dans les succès et les échecs du club, ce qui peut renforcer le sentiment d'appartenance et de passion.

Des exemples emblématiques de clubs de football fonctionnant avec un modèle de socios sont le FC Barcelone et le Real Madrid en Espagne. Cependant, d'autres clubs du monde entier ont également adopté des structures similaires pour impliquer leurs supporters dans la gestion du club.
C’est le cas notamment du célèbre club de River Plate en Argentine, au sein duquel les socios peuvent élire le président et sont consultés pour les décisions importantes.
Raphaël Achache, essayiste voyageur et passionné de football, notamment sud-américain et des championnats dits « exotiques », nous donne des éléments de contexte : « River Plate fonctionne selon le modèle de socios depuis sa fondation en 1901, faisant de lui l'un des clubs les plus anciens et les plus emblématiques à adopter ce type de structure de gouvernance participative.

C’est un modèle très répandu en Argentine et dans d’autres pays d’Amérique du Sud et centrale (notamment l’Uruguay avec les plus grosses écuries du pays comme Peñarol, Nacional, Atlético Cerro, Defensor, Danubio pour ne citer qu’eux).
Ce sont généralement des pays relativement conservateurs, très attachés aux traditions et souvent marqués au fer rouge par des dictatures sanglantes et répressives (d’ailleurs, les stades ont toujours été des hauts lieux de contestations et de manifestations politiques, ça a été le cas notamment au sein du Monumental, pendant les différentes dictatures qui se sont succédé en Argentine).
Il faut comprendre que dans ces pays, le football représente l’une des seules échappatoires à une vie de plus en plus difficile et aliénante. Il en relève presque de questions identitaires, puisque l’affiliation à un club en particulier n’est souvent pas un choix, mais bel et bien le fruit d’un héritage familial et culturel qui dépasse largement le cadre du rectangle vert. Selon moi, c’est
incontestablement un rempart contre le joueurisme qui gangrène le football européen et qui détruit petit à petit les clubs locaux et les clubs de second plan, sur l’autel de l’ultra capitalisme et de l’ultra-libéralisme (qui cantonne souvent le supporter au seul rang de spectateur payant, lorsque ce n’est pas un touriste de passage).


Le niveau de jeu en Amérique du Sud est globalement assez faible en comparaison avec les championnats majeurs européens (dont la compétitivité est une exception à l’échelle mondiale). Mais l’essentiel est ailleurs. Pour eux, il s’agit de conserver des monuments historiques presque inscrits dans le patrimoine génétique de chaque supporter. Chacun arborant le logo de son club comme on arborait des armoiries à l’époque médiévale. Il s’agit surtout conserver et de faire perdurer des acteurs majeurs de la vie locale (les joueurs étant pour la majorité des supporters issus du quartier ou des villes voisines).


Sans surprise, ce modèle « socios » est également très établi dans des pays identitaires et avec une forte cohésion au sein des populations (allant souvent de pair avec une forte unité religieuse), comme les championnats Danois (Brondby, FC Copenhague par exemple), Finlandais (HJK, Mariehamn …), Suédois (AIK, Hammarby, Djurgardens, Goteborg …), Norvégiens (Rosenborg, Tromso…), Serbes (Partizan, Vojvodina …), Croates (Hajduk Split, Dinamo Zagreb, Rijeka …), Bosniens (FK Sarajevo, Zeljeznicar …), Grecs (AEK, PAOK, Panathinaikos …), Turques (Fenerbahçe, Besiktas,Galatasaray …).C’est toujours une expérience enrichissante que d’aller voir un match d’une de ses équipes et de participer au folklore local. »

Les bienfaits du modèle socios


Le modèle socios, en favorisant la participation active des supporters dans la gestion et la direction des clubs de football, se révèle être un rempart essentiel pour préserver l'âme et l'identité des clubs, en particulier leurs racines régionales. Ce modèle résiste à la globalisation et à l'uniformisation grandissante du football, tout en servant de contrepoids aux excès de ceux qui considèrent les clubs comme de simples machines à cash.
À l'ère de la mondialisation, les clubs de football peuvent perdre leur essence en succombant aux tendances commerciales globales. Les investisseurs étrangers peuvent voir les clubs comme des opportunités d'investissement plutôt que comme des institutions ancrées dans des communautés locales. Cela peut entraîner une uniformisation des clubs, où les logos, les couleurs et les identités sont modifiés pour maximiser leur attrait international (Cf. Le Paris Saint-Germain).

En revanche, le modèle socios maintient les supporters comme gardiens de l'identité du club, en veillant à ce que les valeurs locales et régionales soient respectées et préservées.
Le modèle socios s'oppose également à la transformation des clubs en purement des machines à cash. Les supporters-actionnaires ont une voix significative dans les décisions importantes du club, ce qui empêche les propriétaires privés d'imposer des stratégies purement commerciales au détriment de l'intégrité sportive et culturelle. L'accent est mis sur la durabilité à long terme plutôt que sur les gains immédiats, ce qui encourage le développement de jeunes talents locaux, la promotion des valeurs traditionnelles et le maintien d'une relation profonde avec la communauté.
En renforçant l'engagement des supporters, le modèle socios résiste à l'uniformisation imposée par la mondialisation. Les supporters sont les gardiens de l'identité du club et des traditions locales, ce qui se traduit par une atmosphère unique dans chaque stade et un attachement profond à l'équipe.
La rivalité saine entre les clubs, enracinée dans l'histoire et la culture, est préservée, ce qui renforce la diversité et l'authenticité du paysage footballistique.
Le modèle socios se présente comme une réponse inspirante aux défis posés par la globalisation et la commercialisation excessive dans le football professionnel. En plaçant les supporters au cœur des décisions et en préservant l'identité régionale et culturelle des clubs, ce modèle constitue un rempart contre l'uniformisation et les excès commerciaux. Il assure que le football reste ancré dans les communautés locales, tout en maintenant la passion, l'authenticité et la rivalité qui font du sport roi une force unificatrice et captivante à travers le monde.
Jean P., DRH et ancien juriste à l’Olympique Lyonnais, souligne également l’intérêt marketing que représente pour les clubs ce type d’initiative : « Ces dernières années, on constate une réelle détermination du gouvernement ainsi que des clubs à lutter contre le hooliganisme et à purifier l'atmosphère des gradins en adoptant une approche assez hostile envers les groupes de supporters.
Cependant, le revers de la médaille est que certains clubs ont malheureusement perdu leurs supporters au profit de simples spectateurs. Cette démarche visant à intégrer des socios dans le capital social, même de manière minoritaire, pourrait avoir un intérêt du point de vue marketing pour les clubs désireux de cultiver une image de proximité avec leurs supporters. Il est essentiel de se questionner sur les critères d'accès à ce type d'actionnariat, ainsi que sur les pouvoirs qu'il confère. »


Un stade au-dessus : le modèle allemand « 50+1 »

Le club de football emblématique FC Bayern Munich applique également un modèle partiel de socios. Le modèle allemand de gouvernance des clubs de football, souvent désigné sous le nom de "règle 50+1", est une approche distinctive qui favorise la participation des supporters dans la prise de décisions et la propriété des clubs de football. Cette règle a été mise en place pour préserver
l'identité et le contrôle des clubs de la mainmise des investisseurs extérieurs. Voici comment fonctionne le modèle 50+1 :
Selon le principe 50+1, les clubs de football professionnels doivent garantir que les membres et les supporters du club conservent une majorité de 50% des droits de vote plus une voix au sein du club, tandis que les investisseurs externes (actionnaires) détiennent une minorité de 49% au maximum.
La règle 50+1 vise à empêcher les investisseurs privés ou les entreprises de prendre le contrôle total d'un club de football. Ainsi, la majorité des droits de vote est détenue par les membres, qui sont généralement des supporters du club.
En vertu de cette règle, les supporters ont un rôle actif dans les décisions majeures du club, notamment l'élection des dirigeants et les décisions stratégiques. Les membres ont le droit de participer aux assemblées générales et de voter sur diverses questions concernant le club.
Le modèle 50+1 est conçu pour empêcher la commercialisation excessive et la transformation des clubs en entités purement commerciales, en maintenant un équilibre entre les considérations financières et les intérêts des supporters et de la communauté locale.
Bien que la règle 50+1 soit une norme générale en Allemagne, il existe des exceptions dans certaines circonstances, notamment pour les clubs qui ont été soutenus par des investisseurs externes avant l'introduction de la règle.
Les clubs de la Bundesliga et de la 2. Bundesliga (les deux principales divisions de football en Allemagne) doivent respecter les critères de licences de la DFL (Ligue de Football Allemande), qui incluent des dispositions liées à la propriété et à la gouvernance conformément à la règle 50+1.


Le modèle 50+1 est considéré par de nombreux supporters comme une mesure de préservation de la tradition et de la passion du football, tout en évitant la concentration excessive du pouvoir entre les mains des investisseurs. Cependant, il peut également susciter des débats et des controverses, notamment autour des questions de financement et de compétitivité par rapport à d'autres ligues
européennes où des investisseurs privés ont un contrôle plus important sur les clubs.

Le cas Français


Le modèle de clubs de football avec des socios existe également en France, bien que cela soit moins répandu qu'en Espagne ou en Amérique latine. En France, les clubs de football sont généralement organisés sous la forme d'associations sportives à but non lucratif. Cependant, certaines équipes ont mis en place des systèmes de participation des supporters et de démocratie interne, bien que la
structure puisse varier d'un club à l'autre.

Voici quelques exemples de clubs en France qui ont adopté des éléments du modèle de socios :

  • Au sein du club de football AS Saint-Étienne (ASSE), les socios ont été introduits par le biais d'une initiative lancée en 2006, visant à impliquer davantage les supporters dans la gestion et le financement du club. Le modèle de socios a été mis en place pour renforcer le lien entre le club et sa communauté de supporters, ainsi que pour assurer une participation active des supporters dans les décisions importantes.
    L'initiative a été soutenue par l'association de supporters "Association Nationale des Supporters" (ANS), qui a joué un rôle clé dans la promotion et l'implémentation du modèle de socios à Saint-Étienne. L'objectif était de permettre aux supporters de devenir membres du club en achetant des parts et en acquérant ainsi une participation minoritaire dans le capital du club.
    Les supporters qui sont devenus socios ont eu la possibilité de participer aux assemblées générales, de voter sur certaines décisions du club, et de contribuer activement à la vie et à la direction de l'ASSE.
  • Le FC Nantes a mis en place un modèle de "Supporter-Actionnaire" grâce à l'initiative du mouvement "À la Nantaise". Ce club de football emblématique basé à Nantes a adopté le modèle de socios dans le but d'impliquer davantage les supporters dans la vie du club et de préserver son identité et ses valeurs.
    Le mouvement "À la Nantaise", fondé en 2018 par un groupe de supporters passionnés et engagés du FC Nantes, avait pour objectif de promouvoir la participation des supporters à la gestion du club. Le modèle de socios a été choisi comme moyen pour réaliser cet objectif.
    Ce processus a impliqué la collecte de fonds auprès des supporters désireux de devenir socios. En adhérant à ce modèle, les supporters ont eu l'opportunité d'acquérir des parts du club et ainsi de devenir des actionnaires minoritaires. Être un socio signifie pouvoir participer aux assemblées générales, voter sur certaines questions et contribuer activement à la vie et à la direction du club.
    Nous pouvons également citer le Red Star ou encore le FC Metz parmi les quelques clubs français ayant pris une initiative similaire. Cependant il est indéniable que le modèle socios, même sous une forme minoritaire, n'a pas encore trouvé sa place en France. Alors que d'autres pays européens ont
    progressivement adopté cette approche pour préserver l'identité et l'engagement des supporters, la France reste en grande partie ancrée dans des modèles de propriété et de gouvernance plus traditionnels.

La nature des clubs de football en France, avec leur riche histoire et leur importance culturelle régionale, pourrait sembler se prêter naturellement à un modèle de socios minoritaires. Pourtant, divers facteurs, tels que le rôle prédominant des investisseurs privés, le souci de compétitivité économique et les structures administratives complexes, ont jusqu'à présent limité l'adoption de
cette approche. Plusieurs clubs emblématiques du football français, tels que Sochaux, Châteauroux, Sedan et Nancy, ont fait face à des défis financiers au cours de cette saison. Alors que certains ont réussi à obtenir l'approbation de leurs dossiers par les organes de régulation financière, d'autres ont été contraints
de capituler face à ces difficultés. Le modèle socios peut parfois être un moyen de sauvetage pour ces clubs en difficultés.

Le sauvetage du SC Bastia par ses socios

Le Sporting Club de Bastia (SC Bastia) a connu une situation difficile et a été sauvé grâce à l'engagement des supporters sous le modèle de socios en 2017. Le SC Bastia, club de football basé en Corse, a une histoire riche et une forte connexion avec sa communauté locale. Cependant, des difficultés financières et administratives ont menacé son existence.
En mars 2017, le club a été placé en liquidation judiciaire en raison de problèmes financiers. Face à cette crise, un groupe de supporters passionnés et engagés a décidé de prendre les choses en main pour sauver leur club bien-aimé. Ils ont lancé une campagne de mobilisation pour collecter des fonds et acheter une participation dans le club, adoptant ainsi un modèle de socios.
La campagne a reçu un soutien massif de la part des supporters locaux, des anciens joueurs, des personnalités publiques et même de la diaspora corse. Grâce à cette mobilisation collective, le groupe Bastia 1905 a réussi à collecter suffisamment de fonds pour obtenir une part minoritaire dans le capital du club et participer activement à la restructuration et au sauvetage du SC Bastia.

L'implication des socios a permis de maintenir le lien profond entre le club et sa communauté. Les supporters sont devenus des acteurs actifs dans la gestion du club, en participant aux prises de décisions importantes et en veillant à ce que l'identité et les valeurs du club soient préservées. Ce sauvetage par les socios a permis au SC Bastia de continuer à évoluer et à jouer un rôle central dans
la vie de la région.


Consultant pour le SC Bastia, Luc Dayan avait expliqué au micro de RMC dans l'After Foot comment les supporters via une société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) ont permis de sauver le club corse.
L'exemple du SC Bastia illustre comment le modèle de socios peut jouer un rôle crucial dans la sauvegarde des clubs en difficulté et dans le maintien de leur lien avec leurs supporters et leur communauté. Il montre également comment la passion, l'engagement et la mobilisation des supporters peuvent faire la différence dans des moments critiques, en garantissant que le football reste ancré dans l'identité locale et les valeurs traditionnelles.

Militer pour le recours à un modèle de socios minoritaires


Le général de Gaulle avait l'intention d'incorporer des ouvriers au capital des entreprises pour promouvoir la participation économique et sociale. Cette politique visait à réduire les tensions sociales, à favoriser le dialogue entre les travailleurs et les employeurs, ainsi qu'à renforcer le lien entre les travailleurs et l'entreprise. En permettant aux ouvriers d'acquérir une part de propriété dans les entreprises, de Gaulle espérait créer un sentiment d'appartenance et d'intérêt commun dans la réussite de l'entreprise. Cela faisait partie de sa vision plus large visant à instaurer une société plus équilibrée et inclusive en France. Notre volonté de promouvoir le modèle socios "supporters actionnaires" dans les clubs de football français reflète une similaire démarche d'inclusion et de responsabilisation.


Nous souhaitons plaider en faveur du développement d’un modèle de socios minoritaires dans les clubs de football professionnel en France, en particulier pour les clubs provinciaux pouvant avoir des difficultés financières. Un modèle qui préserve la compétitivité tout en garantissant une participation minoritaire des supporters au capital des clubs, à hauteur de 15 à 20%. Cette proposition équilibrée permettrait de maintenir le dynamisme du football français tout en préservant l'identité, l'histoire et les valeurs traditionnelles de nos clubs, qui sont souvent les vestiges de la vielle France.

Le football dépasse largement le cadre du sport pour devenir une expression de l'identité et de la culture d'une région. Des clubs comme le FC Sochaux et l'équipe de Nancy témoignent de cette réalité. Le FC Sochaux-Montbéliard, par exemple, est étroitement lié à l'usine Peugeot de la région et à la communauté ouvrière qui l'entoure. L'histoire du club est profondément ancrée dans le tissu économique et social local. De même, le club centenaire de Nancy, avec son riche héritage, incarne
l'essence même de la Lorraine et de son identité régionale. Les clubs français sont porteurs d'histoires riches, d'héritages populaires et de traditions qui façonnent notre identité nationale. Le modèle que nous proposons de mettre en avant permettrait aux supporters d'acquérir une participation minoritaire au capital des clubs, les transformant ainsi en véritables acteurs de la pérennité de cette identité.

Lorsque les supporters ont un rôle dans la gouvernance des clubs, ils deviennent les gardiens des valeurs qui ont fait la renommée de ces institutions. En participant activement à la vie du club, ils s'assurent que les décisions prises ne privilégient pas uniquement les intérêts financiers, mais reflètent également l'attachement profond aux racines locales et à l'histoire qui a forgé chaque club.
La compétitivité reste un enjeu primordial dans le football moderne. Les investissements financiers sont nécessaires pour rivaliser au plus haut niveau. Cependant, nous pouvons concilier compétitivité et préservation de l'identité en offrant aux supporters la possibilité de détenir une part minoritaire du capital des clubs. Cette implication financière modérée ne compromettrait pas la stabilité
financière tout en donnant aux supporters un pouvoir de participation significatif dans la gestion du club.
Le modèle que nous défendons ne vise pas à copier le modèle 50+1 allemand, mais à tirer parti de ses principes tout en les adaptant à la réalité du football français. Il s'agit de réaffirmer que nos clubs ne sont pas de simples entreprises, mais des institutions culturelles, sociales et sportives qui contribuent à l'unité et à la diversité de nos régions. Permettre aux supporters de détenir une participation minoritaire au capital des clubs, tout en maintenant leur compétitivité, garantira que nos clubs restent des symboles vivants de l'identité française, porteurs des valeurs traditionnelles qui ont façonné notre pays depuis des générations.