NatCon 2024 : combat pour la liberté d'expression à Bruxelles

NatCon 2024 : combat pour la liberté d'expression à Bruxelles

L'édition 2024 de la Conférence NatCon, tenue à Bruxelles, s'est transformée en un symbole poignant des luttes actuelles pour la libre expression en Europe. Annulé puis relocalisé à plusieurs reprises sous la pression des autorités locales, ce rendez-vous a finalement eu lieu.

Des figures emblématiques du conservatisme européen et mondial étaient venus dans le but de discuter de la préservation de la souveraineté nationale et des valeurs traditionnelles.

La NatCon s'est trouvée au cœur d'une controverse qui met en lumière les défis rencontrés par la liberté de penser et de se réunir dans la capitale politique de
l'Europe. Cette situation a stimulé des initiatives significatives, notamment le lancement de la Déclaration de Bruxelles pour la Liberté d'Expression par MCC Brussels


La NatCon


La Conférence « National Conservative », connue sous le nom de NatCon, est une initiative majeure visant à préserver l'État-nation en Europe. Organisée par la Fondation Edmund Burke, un institut d'affaires publiques fondé en janvier 2019, cette conférence réunit des figures publiques, des journalistes, des membres du clergé et des universitaires qui reconnaissent que le passé et l'avenir du conservatisme sont indissociablement liés à l'idée de nation, au principe d'indépendance nationale, et à la renaissance des traditions nationales uniques qui ont seules le pouvoir de lier un peuple et de favoriser son épanouissement.
Face aux défis posés à la souveraineté nationale par l'intégration toujours plus poussée prônée par l'Union Européenne, NatCon offre une occasion unique pour le conservatisme politique de présenter une vision alternative pour l'Europe. La tendance fédéraliste ouvertement affichée par l’UE et les élections parlementaires européennes imminentes renforcent l'urgence de cette tâche, mettant en avant la nécessité d'articuler clairement les priorités des électeurs et de démontrer la pertinence des idéaux conservateurs pour l'avenir des nations européennes.
Outre la Fondation Edmund Burke, plusieurs autres institutions de renom co-parrainent l'événement, renforçant son envergure et sa portée.

Parmi elles figurent l'Institut Danube, le Collegium Mathias Corvinus (MCC), Nazione Futura, l'Institut Herzl et The European Conservative. Ces collaborations enrichissent le dialogue et la diversité des perspectives présentées lors de la conférence, soulignant l'engagement commun à fortifier les principes du conservatisme national dans les pays démocratiques occidentaux et au-delà.

Les participants

La NatCon a rassemblé une panoplie de participants influents issus de divers courants idéologiques conservateurs. Parmi eux, Nigel Farage, ancien leader du UKIP et fervent défenseur du Brexit, et le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, ont marqué l'événement de leur présence. Mateusz Morawiecki, l'ex-Premier ministre polonais et membre du parti Droit et Justice, et Rob Roos, eurodéputé et vice-président du groupe des Conservateurs et réformistes européens, reconnu pour ses prises de positions audacieuses durant la crise Covid, étaient également de la partie.
Des figures telles qu'Anna Wellisz, vice-présidente pour les Affaires Extérieures de la Fondation Edmund Burke, John O’Sullivan, président du Danube Institute, James Jay Carafano, éminent membre de la Heritage Foundation, Paul Coleman, directeur exécutif de ADF International, et Frank Füredi, directeur exécutif du think tank MCC Brussels, ont également apporté leur expertise. D'autres intellectuels et académiciens, comme Ralph Gert Schoellhammer et Zsófia Tóth-Bíró, ont également contribué à la richesse des discussions.

Les débats


Les débats de la NatCon a couvert une gamme étendue de thèmes centrés sur les principes du conservatisme, l'importance de la souveraineté nationale, et les défis actuels de la liberté d'expression en Europe.
Les discussions ont également abordé les politiques pronatalistes, les dérives de l’idéologie transgenre, les impacts de l'immigration incontrôlée, le wokisme et les tensions entre le progressisme et les valeurs traditionnelles.
Discours de Nigel Farage : https://www.youtube.com/watch?v=d4-gTdraU8Y
Pour ceux intéressés à explorer plus en détail les débats et les discours tenus lors de l'événement, les interventions des conférenciers sont disponibles en ligne.

NatCon 1984 : une conférence face à la censure politique

La NatCon 2024 a fait face à d'importants défis logistiques, notamment en raison de trois changements de lieu sous une intense pression politique. Ces perturbations ont été exacerbées par les actions d'Emir Kir, maire de Saint-Josse.

Son ordre officiel reflète une censure politique flagrante, marquée par des accusations de « vision éthiquement conservatrice », « d'attitude eurosceptique », et de « traditionalisme », qu'il qualifie d’ « homophobes et irrespectueux envers les droits humains et les minorités ».
De plus, le fait que des auteurs de travaux critiques sur l'islamisme politique, notamment concernant l'organisation terroriste des Frères Musulmans, aient été invités a servi de prétexte pour justifier cette intervention autoritaire. Cette situation soulève une question fondamentale : la liberté d'expression est-elle une réalité tangible, un simple mantra, ou un privilège réservé à la gauche ? La
pluralité des opinions est-elle vraiment tolérée ?

Les heures qui ont suivi la décision du maire ont pris une tournure surréaliste. Pour des raisons peu claires, la police a décidé de laisser l'événement se poursuivre, mais a interdit l'entrée à de nouvelles personnes. Ceux qui étaient déjà à l'intérieur pouvaient sortir mais ne pouvaient plus revenir.
Tout comme le cardinal Müller, la députée britannique Miriam Cates, a dû par exemple être discrètement introduite par une porte dérobée pour prononcer son discours sur le thème controversé de « Save the Children » (« Sauvez les enfants », notamment du trafic humain, de la pédophilie ou encore de l’idéologie transgenre).

Alors que les médias internationaux commençaient à couvrir l'événement, les actions du maire et dela police se sont transformées en un incident diplomatique international. Un porte-parole du Premier ministre britannique Rishi Sunak a critiqué la tentative de censure, tout comme l'ont fait l'ancienne
secrétaire d'État britannique, le Premier ministre hongrois, et un sénateur américain qui aurait rédigé une lettre à l'ambassadeur belge aux États-Unis.
Ces difficultés ont également capté l'attention de Giorgia Meloni, Première ministre Italienne, qui a manifesté son soutien à la NatCon en rédigeant un texte d’encouragement. Ce message de soutien a nous a été lu par le député européen Nicola Procaccini.
Cette situation kafkaïenne à NatCon illustre un climat orwellien où les droits constitutionnels sont mis à l'épreuve par des agendas politiques qui cherchent à réprimer la diversité des opinions sous le voile de la protection de l'ordre public.
Bien que cette solidarité internationale ait été la bienvenue, c’est bien le droit qui a pu renverser le décret du maire.

Défis Juridiques et Décisions Judiciaires


Les ordres de police émis visaient à annuler l'événement, invoquant des allégations de risques pour l'ordre public. Ces directives provenaient directement de la mairie de Saint-Josse qui arguait de la nécessité de préserver la sécurité publique. Le maire justifiait ses actions en affirmant que les opinions traditionnelles et eurosceptiques de certains orateurs invités pourraient provoquer des affrontements. Toutefois, il est important de noter que la seule menace réelle émanait de groupes d'extrême gauche, qui avaient menacé ouvertement de mener des actions violentes.
Face à cette interdiction, les organisateurs de la NatCon, et notamment Paul Coleman, avocat britannique et directeur exécutif de ADF International, ont rapidement réagi en engageant une procédure judiciaire. Ils ont été assistés par une équipe d'avocats locaux, incluant Jean-Paul Van de Walle, Wouter Vaassen et Tristan Carolus, qui ont présenté le cas devant le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative en Belgique.
La décision du Conseil d'État belge de renverser l'interdiction imposée par le maire a été un moment clé de cette affaire. Le tribunal a statué que l'ordre du maire violait les droits constitutionnels relatifs à la liberté de réunion pacifique. Dans son jugement, la cour a souligné que les mesures prises devaient viser à contenir les manifestations potentiellement violentes d’extrême gauche plutôt qu'à interdire une réunion privée. En effet, l'analyse de la menace présentée par le NatCon n'indiquait qu'un niveau de risque limité, ce qui remet en question la légitimité de la censure.

Cette décision a été rendue après une session d'urgence convoquée tard dans la soirée, ce qui témoignait de l'urgence et de la gravité de la situation.
L'analyse des arguments juridiques des deux côtés révèle un conflit entre la prérogative municipale de maintenir l'ordre et la garantie constitutionnelle des libertés civiles. D'un côté, la mairie a argumenté que les tensions anticipées autour de la conférence justifiaient des mesures exceptionnelles. De l'autre, les avocats de la NatCon ont soutenu que ces mesures étaient une forme de censure politique masquée derrière des préoccupations de sécurité, mettant en péril non
seulement la liberté de réunion mais aussi la liberté d'expression.
La décision finale du Conseil d'État a donc non seulement permis la tenue de la NatCon sans interférence policière, mais a également posé un précédent important pour la protection des droits constitutionnels en Belgique. Ce verdict souligne que la liberté d'expression et de réunion doit être préservée, même face à des défis de sécurité, tant que ces droits ne compromettent pas directement la sécurité publique.
Ce chapitre marquant dans l'histoire de la NatCon démontre l'importance d'un système judiciaire indépendant et réactif, capable de protéger les droits fondamentaux face à des pressions politiques potentiellement autoritaires.
Les réactions suite à l'affaireL’aspect le plus intéressant et encourageant de cette débâcle est le nombre d’opposants politiques à la NatCon qui ont condamné l’action du maire. Plus de 40 signataires, composés de dirigeants d'universités, d'entreprises et de cercles politiques, ont condamné l'interdiction, la qualifiant d'«
anathème pour une société libre et ouverte ». Les signataires sont ouvertement en désaccord avec NatCon en tant que mouvement, mais soutiennent la liberté d'expression des participants. Le Premier ministre belge Alexander De Croo, figure emblématique de la gauche libérale, a également défendu la NatCon : "Ce qui s'est passé aujourd'hui à Claridge est inacceptable. L'autonomie municipale est une pierre angulaire de notre démocratie mais ne peut jamais l'emporter sur la Constitution belge qui garantit la liberté d'expression et de réunion pacifique depuis 1830. Interdire les réunions politiques est inconstitutionnelle. Point final." Vingt-huit membres du Parlement européen, représentant divers groupes politiques, ont également publiquement dénoncé les abus de pouvoir du maire de Bruxelles. Ils ont adressé une lettre au Ministère Public belge pour souligner les infractions commises par le maire en rappelant l'article 151 du code pénal belge. Cet article stipule que «tout acte arbitraire portant atteinte aux libertés et droits garantis par la Constitution, lorsqu'il est ordonné ou exécuté par un fonctionnaire public, est passible d'une peine de prison de quinze jours à un an ».

La réaction de Mohamed Nemri, propriétaire de la salle Claridge où s’est tenu cette conférence traitant autant des dérives de l’union européenne que de celles de l’idéologie transgenre ou de l’islamisme, a également été remarquée. Mohamed Nemri a déclaré : « Nous ne rejetons aucun parti. Même si nous n'avons pas la même opinion sur tout, c'est normal. Je suis musulman et les gens ont des opinions différentes et c'est tout. Nous vivons dans un monde libre. J'aimerais que les gens puissent parler librement. ». Sa position met en lumière l'importance de préserver un espace démocratique où les idées divergentes peuvent être discutées ouvertement. Ses équipes et lui-même ont d’ailleurs reçu une standing ovation de la part des participants lors du dîner.

La NatCon n'est qu'un avant-goût des forces conservatrices qui font pression sur Bruxelles et l'Union européenne, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán décrivant son mouvement comme le « pire cauchemar des bureaucrates bruxellois ».  Les paroles d'Orbán ont un poids particulier, étant donné qu'Orban assumera le poste de président du Conseil de l'UE en juillet prochain pour une rotation de
six mois. Orbán a également posté sur X : "La dernière fois qu'ils ont voulu me faire taire avec la police, c'était quand les communistes m'ont attaqué en 1988. Nous n'avons pas abandonné à ce moment-là et nous n'abandonnerons pas cette fois non plus !"
"Le fait que la liberté d'expression ne tienne qu'à un fil comme celui-ci est un coup d'avertissement pour tous ceux qui se soucient de la liberté d'expression. Cela montre que quelque chose est pourri à Bruxelles, le cœur de l'Union européenne", a déclaré John O'Brien, Responsable Presse de MCC
Brussels, sponsor de la NatCon. Enfin, les réactions des citoyens et des médias ont également joué un rôle important dans cette affaire. De nombreux observateurs ont exprimé leur inquiétude quant à la santé de la démocratie en Belgique, soulignant la nécessité de protéger la liberté d'expression contre toute forme de censure ou de répression politique.

La Déclaration de Bruxelles pour la liberté d'expression

Le lendemain de la NatCon, une réunion importante sur la liberté d'expression a été organisée en urgence par MCC Brussels. Cet événement, intitulé " The Brussels free speech declaration", s'est tenu à l'Hôtel Brussels et a marqué une réponse significative aux défis rencontrés lors de la NatCon. Les organisateurs ont souligné les intimidations bureaucratiques et activistes qui tendent à établir un
schéma de pression sur les lieux accueillant des débats sur des questions jugées sensibles par certaines élites.
Des intervenants tels que Frank Furedi, directeur exécutif de MCC Brussels, et Bob De Brabandere, sénateur et candidat principal du Vlaams Belang pour le Parlement bruxellois, ont pris la parole pour souligner l'importance cruciale de maintenir la liberté d'expression face aux pressions croissantes à l'approche des élections européennes et à mesure que les idées populistes gagnent en popularité. MCC Brussels soulignait dans son invitation que cet épisode a mis en lumière un danger réel et actuel : la menace que représente cette collusion entre militants anti-démocratiques et autorités pour la liberté d'expression en Europe.
La réunion a également servi de plateforme pour lancer une « Déclaration de Bruxelles pour la liberté d'expression » et pour mobiliser un « armée de volontaires » prête à défendre les libertés durement acquises dont l'Europe a tant bénéficié jusqu'à présent.


Nous, Impulsion Gaulliste, sommes fiers d'annoncer notre soutien actif à l'initiative de MCC Brussels et notre signature de la "Brussels Free Speech Declaration". Cette déclaration représente un engagement crucial en faveur de la défense de la liberté d'expression, qui est plus que jamais menacée dans l'espace public européen. Dans le but de diffuser cet appel important dans le monde francophone, nous avons traduit la déclaration et encourageons tous les défenseurs des libertés démocratiques à se joindre à cette cause. Voici la  traduction de la "Brussels Free Speech Declaration" :

La Déclaration de Bruxelles pour la liberté d'expression
Les événements du 16 avril ont été un scandale anti-démocratique. Après l'annulation de dernière minute de la NatCon Brussels 2024 par deux lieux, suite à la pression de deux maires municipaux distincts, un troisième lieu a résisté à un avis d'ordre public et à la tentative de la police de fermer la conférence en cours. Heureusement, une action en justice a conclu à la dernière heure que la tentative de fermeture du lieu Claridge était anticonstitutionnelle.
Les autorités bruxelloises ont tenté d'arrêter une assemblée démocratique pacifique et de priver les élus et une large partie du public européen de leur voix. Ils ont échoué - mais leurs tentatives soulignent le triste état de la liberté à Bruxelles et au-delà. L'attitude joyeuse et désinvolte avec laquelle les responsables municipaux se sont vantés de nier les droits démocratiques fondamentaux de réunion, de parole et de débat montre que la liberté d'expression est en grand danger. De manière inquiétante, l'ordre de police du maire du #16 avril n'invoquait pas seulement des « préoccupations de sécurité » hypothétiques, mais citait également directement les opinions politiques des présents comme raison de fermer la conférence. Invoquer le spectre de l'extrême droite et du racisme est devenu le moyen favori de Bruxelles pour fermer le débat.
Ce qui est en jeu n'est pas simplement une question pour ceux qui sympathisent avec les opinions exprimées par les conservateurs nationaux. Lorsque les autorités déclarent le droit de décider qui peut parler, la liberté pour tous est menacée. C'est pourquoi nous devons lancer une campagne concertée par tous ceux qui valorisent les libertés démocratiques - de toutes les persuasions politiques - pour lutter pour les droits de réunion, le débat démocratique et la liberté d'expression.
Nous, les soussignés, nous engageons à mener une telle bataille. Nous nous engageons à poursuivre une campagne concertée en défense de la liberté d'expression et de réunion :
Nous promettons de défier les responsables municipaux pour qu'ils respectent leurs responsabilités démocratiques et constitutionnelles de laisser les discussions se dérouler et de fournir les ressources nécessaires à cet effet.
Nous nous engageons à développer et soutenir un réseau de lieux de soutien à la démocratie qui ne céderont pas à la pression politique, et à fournir des ressources pour aider les lieux et les organisations à surmonter la pression politique.
Nous nous engageons à soutenir tous ceux dont les droits démocratiques sont menacés par la censure, les invocations vagues de « préoccupations de sécurité », les menaces et les attaques diffamatoires - quels que soient leurs antécédents politiques.
Nous insufflerons une nouvelle vie au débat démocratique à Bruxelles, la ville qui joue un rôle pivot dans la vie politique européenne. Nous invitons tous les responsables municipaux, les représentants locaux, nationaux et européens, les personnes impliquées dans la police et les membres du grand public à nous rejoindre.
La liberté ne peut être négociée. Nous nous lèverons pour garantir que la liberté devienne une réalité mondiale pour tous les Européen
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